OCCAR

Juil 13, 2026 | Actualités, Article de la Lettre AAE

Joachim SUCKER

Directeur de l’OCCAR

Le rôle de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement dans le paysage européen et international de la défense

Alors que les pays de l’Union européenne et de l’OTAN sont confrontés à un environnement sécuritaire de plus en plus complexe, l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR) offre un cadre pragmatique pour la gestion de programmes d’armement multinationaux avancés. Fondée à la fin des années 1990 à l’initiative de la France et de l’Allemagne pour remédier à la fragmentation des approches nationales et aux contraintes budgétaires, l’OCCAR est devenue un acteur européen bien établi dans le domaine de la défense, avec un budget de fonctionnement annuel d’environ 8 milliards d’euros.

Au fil des ans, l’OCCAR s’est élargi, agrégeant à la France et à l’Allemagne, les deux États fondateurs, l’Italie, le Royaume-Uni, la Belgique et l’Espagne. Les Pays-Bas devraient devenir le septième État membre en 2026. Depuis 2022, le nombre de pays participant à ses programmes a doublé, passant de cinq à quatorze, et une nouvelle augmentation est prévue pour 2026. La participation de pays non européens, comme l’Australie en tant qu’État participant, ainsi que le Japon, l’Inde et le Brésil en tant qu’observateurs, témoigne de l’attrait de l’OCCAR en tant que cadre efficace et reconnu au niveau international pour le développement des capacités.

L’OCCAR a développé une expertise approfondie dans la gestion de programmes coopératifs complexes tout au long de leur cycle de vie. Son approche de gestion de programme, qui couvre la conception et le développement, la production et l’approvisionnement ainsi que le soutien en service et la mise au rebut, offre aux États membres et participants un modèle prévisible et structuré pour le développement collaboratif des capacités. Le principe d’équilibre global garantit que la participation industrielle est prise en compte dans tous ses programmes et sur des périodes longues, favorisant ainsi une approche fondée sur les compétences plutôt que sur une mentalité transactionnelle (le “juste retour”).

Avec une compétence couvrant les domaines aérien, terrestre, maritime, cybernétique et spatial, l’OCCAR supervise un large éventail de programmes de défense complexes et coopératifs. On y trouve notamment l’avion de transport tactique et stratégique A400M, les frégates multimissions FREMM, la famille de véhicules modulaires Boxer 8×8 et le système de défense aérienne et antimissile FSAF‑PAAMS.

Niveaux de performance cibles pour les catégories d'aéronefs sélectionnées pour la démonstration dans le cadre du programme Clean Aviation. / Target performance levels across the aircraft categories selected for demonstration in Clean Aviation. Photo © Clean Aviation

Airbus A400M de l’armée de l’air espagnole dans sa zone d’atterrissage. / Spanish Air Force Airbus A400M in its landing zone. Photo © ES Airforce

Ensemble, ces programmes démontrent la capacité de l’OCCAR à gérer des projets à long terme, techniquement complexes, impliquant plusieurs nations et industries. Cela a contribué à l’expansion progressive de l’OCCAR, qui est passé de six programmes en 2001 à 26 programmes aujourd’hui, dont certains cofinancés par l’UE. Le portefeuille global devrait atteindre 34 programmes d’ici la fin 2026.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a incité les États européens à réévaluer leurs priorités en matière de dépenses de défense, à mettre l’accent sur l’interopérabilité et à augmenter considérablement leurs investissements. Ce changement a suscité de nouvelles attentes à l’égard des organisations d’approvisionnement multinationales, notamment l’OCCAR.

Depuis 2025, l’augmentation des budgets nationaux de défense, motivée par des engagements plus ambitieux de l’OTAN et par de nouvelles initiatives d’investissement de l’UE dans le domaine de la défense, a renforcé l’intérêt pour l’adhésion ou l’élargissement de la participation aux programmes gérés par l’OCCAR, comme le programme Boxer (avec différentes variantes nationales), le FSAF-PAAMS, les lunettes de vision nocturne (NVC), le FREMM, la torpille légère (LWT) ou encore le système de pontage amphibie Wide Wet Gap Crossing (WWGC) récemment intégré.

À l’avenir, le regain d’intérêt de l’Europe pour la défense, associé au développement des systèmes sans pilote, des frappes à longue portée et des ressources spatiales, devrait entraîner une nouvelle expansion du portefeuille de programmes de l’OCCAR. Pour maintenir une coordination efficace entre les nations et l’industrie dans un contexte politique et industriel de plus en plus complexe, l’OCCAR devra relever de grands défis organisationnels, notamment le renforcement des processus internes et le recrutement de personnel hautement qualifié, tout en conservant une administration légère, efficace et adaptée à sa taille.

Niveaux de performance cibles pour les catégories d'aéronefs sélectionnées pour la démonstration dans le cadre du programme Clean Aviation. / Target performance levels across the aircraft categories selected for demonstration in Clean Aviation. Photo © Clean Aviation

Essai Boxer LT Delta, janvier 2024. / Boxer LT Delta Test, January 2024. Photo © OCCAR 2024/Alexandra Alonzi

Conclusion

Dans un contexte d’augmentation des investissements mondiaux dans la défense et de détérioration des conditions de sécurité, l’OCCAR propose un modèle éprouvé et pratique pour gérer des programmes d’armement collaboratifs complexes dans le respect des délais et des budgets.

Fort de plus de 25 ans d’expérience et dotée d’une structure de gouvernance indépendante dirigée par ses États membres, l’OCCAR permet aux nations et aux partenaires industriels de construire des réseaux de confiance et de coopération à long terme fondés sur l’efficacité et la transparence.

Alors que le nombre et l’ampleur de ses programmes augmentent, et que de nouveaux États participants continuent de rejoindre l’organisation, l’OCCAR s’impose rapidement comme l’un des acteurs clés qui façonnent le développement futur des capacités de coopération en Europe.

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