L’avenir de la défense de l’UE : Pourquoi l’AED est à l’avant-garde
André DENK
Directeur exécutif de l’Agence européenne de défense (AED)
S’il est un acronyme qui mérite davantage d’attention dans les forums de défense de l’Union européenne, c’est bien l’AED, l’Agence européenne de défense. Depuis plus de deux décennies, elle agit discrètement comme le chef d’orchestre des projets de défense de l’UE : organisation d’entraînements conjoints, harmonisation de la planification capacitaire à l’échelle européenne, facilitation des procédures d’acquisition et encouragement des États membres à développer des équipements de défense plus interopérables.
Fondée en 2004, l’Agence s’appuie sur un mandat fort, ancré dans le Traité sur l’Union européenne de 2007. Ce mandat demeure aujourd’hui notre boussole : soutenir de manière pragmatique et efficace les 27 ministères de la Défense européens au travers d’une structure intergouvernementale.
L’Agence appartient aux États membres. Ils financent ses travaux et les ministres de la Défense se réunissent deux fois par an au sein du comité directeur afin de fournir ses orientations stratégiques. Parallèlement, le comité directeur se réunit aussi au niveau des directeurs nationaux d’armement, du développement capacitaire ainsi que de la recherche et de l’innovation. Ensemble, ils définissent la trajectoire d’une organisation véritablement pilotée par ses membres.
Au cœur de sa mission, l’AED offre une plateforme de coopération fiable. Nous aidons les États membres de l’UE, dont beaucoup sont également alliés au sein de l’OTAN, à atteindre leurs objectifs capacitaires communs tout en répondant à leurs priorités nationales. Nos partenaires les plus proches, notamment la Norvège, la Suisse et l’Ukraine, coopèrent également dans le cadre d’arrangements administratifs spécifiques qui élargissent la communauté européenne de défense.
Cinq missions essentielles, cinq nouveaux axes
Pour marquer les 20 ans de l’Agence en 2024, les États membres ont confirmé les cinq missions fondamentales qui structurent notre action.
Premièrement, nous contribuons à définir les priorités à l’échelle européenne : identifier les capacités dont l’Europe a besoin et déterminer où concentrer les efforts.
Deuxièmement, nous rassemblons les nations pour coopérer dans les domaines de la recherche, de la technologie et de l’innovation ; un secteur qui évolue plus rapidement que jamais.
Troisièmement, nous soutenons le développement capacitaire, en veillant à ce que les concepts se traduisent en capacités militaires effectives.
Quatrièmement, nous identifions les besoins et regroupons les demandes afin d’ouvrir la voie à des acquisitions conjointes.
Enfin, nous défendons les intérêts des ministères de la Défense dans l’élaboration des politiques européennes, afin que les exigences militaires soient pleinement prises en compte, qu’il s’agisse de la transformation numérique de l’espace aérien européen ou de domaines civils ayant des implications cruciales pour la défense.
Le général Denk avec Kaja Kallas, haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, lors de la réunion du comité directeur de l’AED réunissant les ministres de la Défense, à Bruxelles, le 20 mai 2025. / General Denk with Kaja Kallas, High Representative of the EU for Foreign Affairs and Security Policy at the EDA Steering Board in Ministers of Defence format, in Brussels, on 20 May 2025. Photo © EU / UE
Pour nous, la coopération n’est pas un slogan ; c’est un travail concret et opérationnel. Prenons les neuf domaines capacitaires prioritaires définis par le Conseil européen et reflétés dans le Livre blanc sur la défense européenne, “Readiness 2030”. De la défense aérienne et antimissile intégrée aux systèmes d’artillerie, chacun de ces domaines est piloté par des nations cadres. Notre rôle consiste à les soutenir tant en termes d’organisation, que d’expertise et en faisant le lien avec nos programmes et activités existantes.
Autre exemple : notre plateforme de coopération entre gouvernements (Gov-to-Gov) lancée en juin dernier. Elle offre à tous les États membres une vue d’ensemble complète de plus de plusieurs centaines de contrats de défense déjà négociés par d’autres pays. Ce chiffre augmente chaque semaine et la plateforme est déjà devenue un outil essentiel pour identifier des opportunités d’acquisition conjointe. Elle devrait s’étendre prochainement aux projets de développement et d’innovation.
L’innovation est tout aussi centrale dans notre mission. Le Hub européen pour l’innovation en matière de défense (HEDI) est devenu un lieu où foisonnent les idées novatrices et les activités de soutien, allant de l’organisation de hackathons à la remise de prix et l’organisation de manifestations d’envergure comme les Journées de l’innovation de défense qui ont réuni plus de 1000 participants à Cracovie en 2025.
À travers des campagnes européennes d’expérimentation opérationnelle, comme celle organisée près de Rome sur les drones aériens et terrestres pour la logistique et la reconnaissance, nous contribuons à transformer des concepts prometteurs en capacités déployables. Notre implication dans l’initiative BraveTech EU en est une autre illustration : un programme de 100 millions d’euros, financé pour moitié par l’UE et pour moitié par l’Ukraine, visant à mettre en adéquation les besoins opérationnels ukrainiens et l’ingéniosité technologique, afin d’accélérer le passage des solutions du concept aux essais et au-delà.
Le général Denk lors de la campagne d’expérimentation opérationnelle de l’AED près de Rome en juillet 2025. / TGen. Denk at EDA’s Operational Experimentation campaign near Rome in July 2025. Photo © AED / EDA
Le développement capacitaire bénéficie également d’une coopération approfondie. Un exemple récent est l’effort conjoint sur les munitions rôdeuses, dans le cadre duquel 18 pays ont signé une lettre d’intention afin de travailler ensemble. Depuis lors, nous avons contribué à définir les spécifications, recueillir les besoins nationaux, consulter l’industrie européenne et préparer un dossier solide en vue d’une acquisition conjointe ; preuve, une fois encore, de ce qui peut être accompli lorsque les nations alignent leurs efforts.
Pour l’avenir, les dirigeants européens ont appelé à une Agence renforcée. En réponse, nous avons présenté des propositions axées sur cinq domaines :
- renforcer notre rôle dans la recherche et l’innovation ;
- élargir notre soutien au développement capacitaire ;
- intensifier les acquisitions conjointes ;
- redéfinir nos structures internes et nos ressources ;
- et approfondir la coopération avec nos partenaires, y compris par l’établissement de nouveaux accords de coopérations comme avec le Canada.
Dans notre ligne de mire, l’objectif est clair : aider nos États membres à travailler ensemble plus efficacement et renforcer la sécurité collective de l’Union européenne. Après plus de 21 ans d’existence, l’esprit qui a fondé l’Agence est plus pertinent et plus vif que jamais.
