L’Observatoire de l’aviation durable
Sandra COMBET
Secrétaire générale de l’Observatoire de l’aviation durable, correspondante AAE
La transition écologique du transport aérien ne relève plus d’un horizon théorique : elle est devenue l’un des défis stratégiques majeurs du XXIe siècle. Face à l’urgence climatique, à l’intensification des attentes sociétales et à la nécessité de préserver la compétitivité industrielle du pays, la France doit avoir la capacité de piloter une transformation du secteur à la fois ambitieuse, crédible et souveraine.
C’est dans cette perspective qu’a été créé en 2021 l’Observatoire de l’aviation durable (OAD), outil singulier inscrit au sein de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Conçu pour organiser la connaissance, éclairer la diversité des scénarios prospectifs de décarbonation et accompagner l’innovation des start ups et PME.
L’Observatoire articule son action autour de trois piliers :
Un espace digital dédié à la compréhension de l’impact de l’aviation sur le climat
Dans un paysage où les scénarios technologiques et prospectifs vers l’objectif de zéro émission en 2050 se multiplient, souvent difficiles à comparer ou à interpréter, l’accès à une information claire et structurée devient essentiel. L’objectif premier de l’espace digital de l’OAD est d’accompagner la compréhension souvent fragmentée des grands scénarios prospectifs – leurs hypothèses, leurs trajectoires et leurs implications concrètes – de manière inclusive, en offrant une vision élargie du panel des positions.
Cet espace, ouvert à tous et gratuit, propose la lecture des grands rapports et études dans leur version la plus récente (GIEC, académies, associations internationales, centres de recherche, fédérations, industrie, ONG et groupes de réflexion). Il couvre plusieurs échelles temporelles (horizon 2030, horizon 2050) et s’inscrit dans un périmètre volontairement large : France, Europe, monde, pour replacer la transformation du secteur aérien dans une dynamique globale.
En rendant intelligibles ces enjeux complexes et en structurant les connaissances autour d’un cadre commun, l’Observatoire offre un outil indispensable pour comprendre d’une part les trajectoires de décarbonation, les progrès réalisés par chaque levier mais aussi analyser les enjeux et difficultés actuelles. Il permet également aux jeunes générations de disposer de repères fiables sur un sujet où l’émotion, la technicité et les incertitudes coexistent.
Rencontre territoriale chez la start up OpenAirlines. © DGAC
Un cycle de rencontres territoriales de la décarbonation
Accélérer l’innovation dans les territoires : une dynamique qui révèle la vitalité des PME et start-up françaises. La transition de l’aviation ne se jouera pas uniquement dans les grands groupes : elle dépend aussi de la capacité du pays à mobiliser son vaste réseau de PME, ETI (entreprise de taille intermédiaire), start-up, laboratoires, chaires universitaires et centres de recherche régionaux autour des sujets “Aviation et Climat”.
C’est tout le sens du deuxième pilier de l’Observatoire, consacré à l’innovation et à la décarbonation territoriale. Au travers des Rencontres territoriales, des solutions technologiques disponibles dès aujourd’hui sont identifiées via des incubateurs ou des réseaux d’innovations locales. Ces dispositifs permettent de faire émerger des solutions technologiques nouvelles ; de connecter les acteurs innovants aux structures de l’État pouvant les accompagner dans leur développement (Agence de l’innovation dans les transports, France 2030, programme Étincelles de la DGE, ou encore la BPI…)
Les “hackathons” (ateliers intensifs d’innovation) ouvrent un dialogue créatif avec la jeunesse, véritable réservoir d’audace et d’intelligence collective. Ils révèlent une génération qui ne se contente plus de commenter : elle propose, expérimente et contribue.
Une souveraineté technologique et industrielle de la France
Dans un contexte géopolitique tendu, la souveraineté technologique est un impératif.
Le troisième pilier de l’Observatoire vise justement à la consolider, en connectant les parties prenantes autour des solutions françaises d’innovation portées par les PME et ETI, agissant sur les leviers de la décarbonation.
Cette mission accompagne les efforts menés avec Bpifrance, les pôles de compétitivité, le réseau national d’incubateurs Greentech ou encore les clusters régionaux, afin de consolider une aviation française durable, innovante et souveraine.
Les solutions sont multiples et les innovations bien réelles, citons quelques exemples : la start up Expliseat et ses sièges d’avion les plus légers au monde, agissant sur la masse embarquée, OpenAirlines qui conçoit des logiciels d’ecopilotage avec l’IA et les mégadonnées pour optimiser la consommation du carburant en vol, Ascendance ou Aura Aero qui développent des systèmes de propulsion hybride électrique, ou encore Turbotech, qui conçoit des turbines régénératives et des turbogénérateurs destinés à l’aviation légère.
L’OAD ne se limite plus à observer : il devient progressivement un lieu de convergence, un accélérateur créant du lien entre les parties prenantes. Cette évolution s’inscrit dans une conviction forte : la décarbonation n’est pas seulement un impératif écologique ; c’est aussi une opportunité historique de réindustrialisation, d’innovation locale et de montée en puissance technologique.
Conclusion : la transition du transport aérien repose sur un effort collectif
En clarifiant les trajectoires, en activant la visibilité de l’innovation territoriale et en valorisant la souveraineté technologique, l’Observatoire de l’aviation durable accompagne cette transformation. Plus qu’un Observatoire, il devient un pont entre les talents, un facilitateur de solutions françaises, au service d’une aviation durable, compétitive et pleinement tournée vers l’avenir.
Article initialement publié dans la Lettre n°140
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