Hommage à Louis Pailhas

C’est avec regret que notre confrère Louis Pailhas, nous a quittés le 4 février 2021 à l’âge de 94 ans.

Vous trouverez ci-dessous l’hommage rendu par Dominique Colin de Verdière lors de la séance solennelle de l’académie qui s’est tenue à distance le lundi 29 mars 2021.

“J’ai été accueilli deux fois par Louis Pailhas directeur de l’École Nationale de l’Aviation civile (ENAC) en 1970 comme élève, puis en 73 comme enseignant. Au cours de ces années j’ai pu mesurer ses qualités et c’est un honneur pour moi de prononcer cet hommage.  

Dans cet hommage je reprends de nombreux éléments de sa fille Claire, prononcés lors de ses obsèques à Muret.  

Louis Pailhas est né en 1926 à Foix, il est parti le 4 février 2021 à l’âge de 94 ans. 

Ses parents étaient enseignants. Il avait 5 ans lorsque son père est décédé suite à une brûlure pulmonaire due aux gaz toxiques respirés dans un trou d’obus pendant la guerre de 14-18. 

Sa scolarité se déroule au gré des mutations de sa mère jusqu’à Toulouse où il intègre le lycée Fermat pour ses études secondaires et il participe activement au scoutisme.  

L’aumônier des scouts le recrute, fin 42, à 16 ans et demi, dans la Résistance où il sera agent de liaison. En juin 44, il rejoint le Corps Franc Pommiès, réseau de résistance du Sud-Ouest de la France, créé par des militaires fidèles au général de Gaulle. Au sein de la brigade Miler, il remonte jusqu’au nord-est de la France et participe notamment à la bataille d’Autun en octobre. 

Par modestie , il ne parlait pas de cette période de sa vie que j’ai découverte lors de la dernière visite que je lui ai faite il y a 5 ans.  

 Après avoir repris  ses études en mathsup au lycée Fermat à Toulouse et mathspé au lycée Louis le Grand à Paris, il est reçu en 1946 à l’Ecole Polytechnique puis il fait son service militaire dans l’armée de l’air. Il sort de l’X dans le corps des ingénieurs de la navigation aérienne et entre dans 2ème promotion de l’ENAC en 1949. Son choix de l’aviation était porté par les exploits des pionniers de l’aviation, dont les noms seront donnés aux résidences de l’ENAC : Blériot, Ader, Védrines, Hélène Boucher et aux amphithéâtres Costes et Bellonte 

A sa sortie de l’ENAC, il obtient le brevet de pilote professionnel des corps techniques – et il pilotera jusqu’en 1980,  en ayant effectué 1 500 heures de vol. En 1953, il part au Maroc comme chef du service navigation aérienne, puis chargé de mission auprès du Résident Général. 

En 1956 il revient en France comme chef de bureau de la gestion des aéroports du Secrétariat Général de l’Aviation Civile, ancêtre de la DGAC. De 1959 à 1965, il est chef du centre de contrôle régional nord qui venait d’ouvrir à Athis-Mons, où il découvre les relations sociales avec les syndicats de contrôleurs.  

En 1965 commence l’étape marquante de son parcours professionnel il est nommé directeur-adjoint de l’ENAC, chargé du transfert de l’école à Toulouse. Il doit surmonter la réticence des personnels face à une mutation à Toulouse, trouver des d’enseignants sur place et gérer des vacataires venant de Paris par Air Inter. La construction de l’école débute en avril 1966 et l’enseignement y commence à la rentrée 1968 avec 500 élèves. Un succès remarquable ! 

Il restera 14 ans à l’ENAC comme Directeur. L’ENAC reçoit de plus en plus d’élèves étrangers francophones, mais pas seulement, puisqu’en 1978 il y a une promotion de contrôleurs chinois. Il reçoit souvent ces élèves étrangers dans sa maison de fonction sur le site où ils sont chaleureusement accueillis et beaucoup garderont des liens d’amitié avec lui. 

En janvier 1982, à la demande de Claude Abraham (DGAC), il est muté à Paris comme Directeur de la Navigation Aérienne où il reste 7 ans. Il y met en place le Budget Annexe de La Navigation Aérienne (BANA), permettant de sortir des limitations du budget de l’État et reposant sur les redevances de services de la Navigation aérienne. Le BANA a permis de lancer nombre de chantiers qui étaient retardés faute de budget. Il a dû une nouvelle fois  se confronter à la gestion particulière des contrôleurs aériens, bataillant pour obtenir notamment un service minimum lors des grèves des contrôleurs aériens, grèves qui pouvaient paralyser tout le trafic aérien. En 1988 il acceptera la création d’une antenne du Centre d’Etudes de la Navigation Aérienne sur le site de l’ENAC – permettant d’y renforcer la recherche. 

Il quitte ce poste en 1988 et termine sa carrière à l’Inspection générale de l’Aviation Civile. Il présidera la commission d’enquête sur l’accident du DC10 d’UTA ; il passera une dizaine de jours au Tchad et au Niger,dans le désert du Ténéré, par 50 degrés, pour reconstituer le puzzle de l’avion explosé en vol à cause d’une bombe placée dans la soute. Il portera ensuite ses conclusions techniques au juge Bruguière chargé de l’enquête sur cet attentat terroriste. A la suite de quoi, il œuvre au renforcement des contrôles de sûreté des bagages dans tous les aéroports, mesures adoptées par l’OACI. 

En octobre 1990, il est retraité mais,dès 89, Dominique Baudis, alors maire de Toulouse, lui propose d’entrer au conseil municipal où il sera conseiller municipal, chargé du pôle des universités, de l’aéronautique et du spatial, puis  adjoint au Maire à partir de 95 jusqu’en 2001. Il hérite également du pôle de l’architecture. Il participe activement à la construction de la Cité de l’Espace, projet qui l’enthousiasmait particulièrement. Dans ces années, Toulouse inaugurera plusieurs bâtiments importants comme la cinémathèque de la rue du Taur ,le Théâtre National de Toulouse, le Zénith, le musée des Abattoirs. Il a beaucoup aimé tous les échanges vécus à cette période. 

De 2002 à 2004, il anime une commission consultative de l’environnement pour l’aérodrome de Toulouse-Lasbordes et réussit à faire converger les points de vue des riverains, des aéroclubs et des écoles de pilotage.  

Il n’avait pas de plan de carrière, il a accepté les postes qui lui ont été proposés et les a exercés avec talent et réussite malgré les difficultés. Mais l’ENAC restait pour lui la période la plus importante de sa vie. 

Il a été une bien belle lumière pour beaucoup d’entre nous, il était un travailleur acharné, relisant avec soin tous les textes qui lui étaient soumis. Ses collaborateurs ont toujours apprécié de travailler avec lui et sont souvent devenus ses amis. 

Son père, sur son lit de mort, dit, en parlant de son fils Louis âgé de 5 ans : « J’aimerais que le petit soit bien » Ces derniers mots  rapportés par sa mère ont sans doute forgé toute sa vie et il a largement honoré ce vœu et au-delà. Louis Pailhas a rayonné d’humanisme jusqu’à son dernier souffle. 

Louis Pailhas était membre de notre Académie dans la section 2 depuis 1984, souhaitons lui un bon vol.”

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